Depuis le 1er janvier 2016, tout employeur du secteur privé doit proposer une complémentaire santé collective à ses salariés. L'obligation vient de l'accord national interprofessionnel (ANI) du 11 janvier 2013, repris par la loi du 14 juin 2013 relative à la sécurisation de l'emploi. Elle s'applique quelle que soit la taille de l'entreprise, dès le premier salarié.
Ce guide rassemble les règles établies : qui est concerné, ce que le contrat doit couvrir au minimum, ce que l'employeur doit financer, quels salariés peuvent refuser d'adhérer et ce qui se passe quand un salarié quitte l'entreprise. Il ne remplace pas la lecture de votre convention collective, qui peut prévoir des règles plus favorables.
À retenir
- Tout employeur privé doit proposer une mutuelle collective à l'ensemble de ses salariés, sans condition d'ancienneté imposée par la loi.
- L'employeur finance au moins 50 % de la cotisation de la couverture minimale.
- Le contrat doit respecter un panier de soins minimal et les règles du contrat responsable.
- Certains salariés peuvent refuser d'adhérer, mais uniquement dans les cas de dispense prévus par les textes, et par écrit.
- Un salarié qui quitte l'entreprise et est indemnisé par l'assurance chômage garde sa couverture gratuitement jusqu'à 12 mois (portabilité).
Quelles entreprises doivent mettre en place une mutuelle obligatoire ?
Toutes les entreprises du secteur privé employant au moins un salarié sont concernées, quels que soient leur forme juridique et leur effectif : société, association, entreprise individuelle employeur. La couverture doit bénéficier à l'ensemble des salariés, y compris ceux en CDD, à temps partiel ou en apprentissage, sous réserve des dispenses présentées plus bas.
Le dirigeant non salarié (gérant majoritaire de SARL, entrepreneur individuel) n'est pas couvert par cette obligation pour lui-même : il relève d'un contrat individuel (voir notre guide mutuelle TNS). Le président de SAS rémunéré, assimilé salarié, peut en revanche être couvert par le contrat collectif si l'acte de mise en place l'inclut dans la catégorie bénéficiaire.
Comment l'employeur met-il en place la complémentaire santé ?
Trois actes juridiques permettent d'instaurer le régime :
- une convention ou un accord collectif (accord de branche ou d'entreprise) ;
- un référendum : projet proposé par l'employeur et ratifié à la majorité des salariés ;
- une décision unilatérale de l'employeur (DUE), remise par écrit à chaque salarié.
Si la convention collective de branche prévoit déjà un régime de complémentaire santé, l'entreprise doit au minimum en respecter les garanties et le niveau de financement. Le contrat doit présenter un caractère collectif et obligatoire : c'est la condition pour que la participation de l'employeur bénéficie du régime social et fiscal de faveur prévu par les textes. Les limites d'exonération sont revues périodiquement ; elles se vérifient sur le site de l'Urssaf.
Que doit couvrir le panier de soins minimal ?
Le contrat collectif doit au moins prendre en charge le panier de soins défini par l'article D. 911-1 du code de la sécurité sociale :
- l'intégralité du ticket modérateur sur les consultations, actes et prestations remboursables par l'Assurance maladie (sauf exceptions limitées prévues par les textes) ;
- le forfait journalier hospitalier, sans limitation de durée ;
- les soins dentaires prothétiques et l'orthodontie, à hauteur de 125 % de la base de remboursement ;
- un forfait optique tous les deux ans (plus fréquemment pour les jeunes enfants ou en cas d'évolution de la vue), dont le montant minimal dépend de la complexité des verres : 100 €, 150 € ou 200 €.
Le contrat doit aussi être responsable : il prend en charge les équipements du 100 % Santé sans reste à charge, respecte des plafonds sur certains remboursements (optique, dépassements d'honoraires des médecins non adhérents à l'OPTAM) et ne rembourse pas les participations forfaitaires et franchises médicales. Rien n'empêche l'employeur de proposer des garanties supérieures au minimum légal.
Combien l'employeur doit-il financer ?
L'employeur prend en charge au moins 50 % de la cotisation correspondant à la couverture minimale obligatoire. Le reste est prélevé sur le salaire du salarié. La convention collective ou l'accord d'entreprise peut prévoir une participation plus élevée.
La couverture des ayants droit (conjoint, enfants) n'est pas imposée par la loi, sauf si la branche ou l'acte de mise en place la prévoit. Lorsqu'elle est proposée, elle peut être facultative et financée par le salarié.
Quels salariés peuvent refuser la mutuelle d'entreprise ?
L'adhésion est obligatoire par principe. Un salarié peut toutefois demander à être dispensé dans les cas prévus par le code de la sécurité sociale, notamment :
- les salariés en CDD ou en contrat de mission d'une durée inférieure à 12 mois ;
- les salariés en CDD ou en contrat de mission d'au moins 12 mois, s'ils justifient d'une couverture individuelle ;
- les salariés à temps partiel et les apprentis dont la cotisation représenterait au moins 10 % de leur rémunération brute ;
- les bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire, jusqu'à la fin de leur droit ;
- les salariés déjà couverts par un contrat individuel au moment de la mise en place du régime ou de l'embauche, jusqu'à l'échéance de ce contrat ;
- les salariés déjà couverts, y compris comme ayants droit, par une autre couverture collective obligatoire (par exemple celle de leur conjoint).
La dispense est une demande écrite du salarié, accompagnée des justificatifs nécessaires ; l'employeur doit la conserver. Sans ce document, en cas de contrôle, la dispense pourrait ne pas être reconnue. Pour les contrats très courts, les textes prévoient en outre un mécanisme de « versement santé » à la place de l'adhésion, dans des conditions précises.
Que se passe-t-il quand un salarié quitte l'entreprise ?
Lorsqu'un salarié quitte l'entreprise (hors licenciement pour faute lourde) et ouvre droit à l'assurance chômage, il conserve sa complémentaire santé gratuitement : c'est la portabilité. Elle dure autant que son dernier contrat de travail, dans la limite de 12 mois, et cesse s'il reprend un emploi. L'employeur doit mentionner ce maintien dans le certificat de travail et en informer l'assureur.
Au départ à la retraite, l'ancien salarié peut conserver le contrat à titre individuel grâce à la loi Evin, en payant seul la cotisation (voir notre guide mutuelle senior).
Pour un employeur, revoir son contrat collectif tous les deux ou trois ans permet de vérifier sa conformité et son coût. Le simulateur mutuelle donne un premier ordre de grandeur, et un audit gratuit permet de passer le contrat en revue.
Quelles questions se pose-t-on le plus souvent ?
Une entreprise avec un seul salarié doit-elle proposer une mutuelle ?
Oui. L'obligation s'applique à tous les employeurs du secteur privé, dès le premier salarié, quelle que soit la taille de l'entreprise.
L'employeur peut-il payer moins de 50 % de la mutuelle ?
Non. L'employeur doit financer au moins 50 % de la cotisation correspondant à la couverture minimale obligatoire. Sa convention collective peut lui imposer davantage.
Un salarié peut-il refuser la mutuelle d'entreprise ?
Uniquement dans les cas de dispense prévus par les textes, par exemple un CDD de moins de 12 mois, une couverture comme ayant droit sur le contrat collectif obligatoire du conjoint ou le bénéfice de la Complémentaire santé solidaire. La demande doit être écrite et justifiée.
Combien de temps dure la portabilité de la mutuelle ?
Autant que le dernier contrat de travail, dans la limite de 12 mois, tant que l'ancien salarié est indemnisé par l'assurance chômage. Elle est gratuite pour lui.
La mutuelle d'entreprise doit-elle couvrir les enfants du salarié ?
La loi ne l'impose pas. La couverture des ayants droit dépend de la convention collective et de l'acte qui a mis en place le régime ; elle peut être obligatoire ou facultative.
Important
Ce guide présente des règles générales, à jour à sa date de publication, et ne constitue pas un conseil personnalisé, fiscal ou en investissement. Les montants, plafonds et taux fixés par la loi peuvent évoluer : vérifiez-les sur service-public.fr ou impots.gouv.fr. Les exemples chiffrés sont illustratifs. GIEA Paris 16 (KN Patrimoine et Assurances) est courtier en assurance, immatriculé à l'ORIAS sous le n° 25009835.